21.11.2009

My future will be alone and lonely

Clair de Lune - Debussy

 

I - Alone

Je sens la solitude m'envahir, mais qu'importe, la poésie est revenue dans ma vie. C'est elle la plus importante après tout. Il faudrait que je me détache de mes paroles ampoulées, du faux-sens qu'on érige en expression vides. Chacun de mes mot appelle son lot de banalités, et chaque réflexion s'engouffre dans un sillon sans le remplir pleinement. Hier soir je me suis endormie avec le livre Zazie dans le Métro à la main, et la solitude m'a éprise. Je passe souvent des journées entières sans que ma voix n'atteigne personne, ainsi réfugiée dans ma bouillie introspective, appréciant la douce apreté de mon coeur qui s'ennuie. Finalement ce qui manque le plus à ma vie ce sont des regards, qu'on me vois. Je remplis des rôles, mais jamais on va vouloir savoir ce que j'ai à dire. Personne. Qui lira ce paragraphe ? Dans mon regard je l'ai vu chercher du réconfort, un pardon, de quoi s'appaiser proprement. Je vis par procuration, et à chaque fois mon souffle est celui du souci, de la nostalgie, confiant et tourmenté.

Mais il parait que la tristesse, c'est le bonheur qui se repose.

Je vis par procuration, et dans ces instants là le plaisir m'envahit comme si j'avais pris de la drogue. Je suis amoureuse de tous les pricnes charmants, de suis heureuse du futur que j'aurai peut être un jour. Etre heureuse du Réel n'ets aps pour ceux qui ont l'âme artiste, et le tourment, l'angoisse force à l'exercice douloureux et émancipateur de la réflexion. Ce même exercice qui me coûte, cette affreuse pensée qui doit toujours se réitérer pour ne pas être obsolète. Et c'est le seul chemin pour sortir de la bêtsie ambiante qui me révulse.

Mais la Beauté est dans l'acharnement vain pour exister est sans égal.

Une jeune fille au visage fin qui ne pense qu'elle ne sera jamais vieille a plus de laideur d'âme que de beauté physique. Je n'ai finalement de sympathie que pour leur désinvolture et leur arrogance.

La fin sera anecdotique. La fin sera un film d'horreur.

II - La vie par Procuration

 

Jean-Jacques Goldman "La vie par procuration"(1985)

 

III - Au fond ce qui me révulse le plus...

C'est de me retrouver en face de ces personnages qui croient communiquer avec moi et qui sont au contraire en rupture complète de communication. Ils croient deviner ton savoir, savoir mieux que toi, ou commencent un rapport de force tout seuls contre toi. Bref les cas ne manquent pas. Quand je me tais, parfois, pour préserver le calme ou ne pas vexer ou saouler avec mes hautes concidérations, je sens un élan de fierté assez dégueulasse chez ces personnages. Comme s'ils avaient gagné une joute verbale. C'est comme casser la gueule à un épouvantail, hein. Si l'autre en face ne se bat pas, ne sois pas fier de toi, c'est juste un spectacle insupportable. J'en deviens mal à l'aise pour toi. Je préfèrerais (de loin) te voir défequer que jouir de cette masturbation cérébrale malvenue.

Alors par pitié, arrêtez de vous prendre au sérieux. Arrêtez tous de vous croire intelligents, supérieurs aux autres. Arrêtez par pitié ou je vais rendre mon déjeuner.

Si vous pouviez aussie arrêter de mépriser les autres pour des motifs estudiantins, ça pourrait éviter de faire de vous des chiots enragés et ça serait nettement plus crédible hein. On ne va pas se tuer pour une assos ou un syndicat, hein. On peut se sourire aussi. On peut défendre sa cause mais on est pas obligés d'être un soldat servant vaillamant la cause des autres. Hein. Et puis IEP, Ceram, HEC, Sorbonne, Univ du temps libre ou Normal sup... je vous rassure y a des tronches et des trous du culs de partout, hein. Et c'est pas dire "bouh la khâgne" dans une boite de pour petites-bourgeoises effarouchées qui va vous empêcher d'être un de ces trous du culs.

Ca, c'est dit.

28.10.2009

[Les paysage de la récurence et de l'ocurrence]

I – Ma vie a posteriori


L'exigence taraude ces gens qui à défaut de savoir faire n'ont que l'intuition et la lucidité.
Le ruminement et la correction participent d'une vie a posteriori.

Que c'est réjouissant !


II – Décomplexification


"Tous les chemins que j'ai suivis, tous les chemins dont je me suis détournée, ont abouti ici, dans cette "Vallée heureuse" d'où il n'y a plus d'issue, et qui, pour cette raison, doit être déjà semblable à un lieu de mort" Anne Marie Swarzenbach La Vallée Heureuse

Là, oui par là, au loin, au bout du sentier sinueux. Les méandres d'un fleuve d'eau croupie dessinent un paysage macabre ; des courants chauds balayent mollement les graviers dans leur mousse salie. Une atmosphère nébuleuse ferme les jardins de son couvercle en ferraille dentelé. Une friche industrielle mourait là, au loin, au bout de la terreuse avancée. C'est un regard vide que les léporidés sénéscents m'accordèrent, visiblement impassibles en oubliant d'être craintifs. La putréfaction avancée des insectes inanimés m'écoeurait. Tels étaient mes horizons psychiques, et quand le tourment se faisait ogre avide, nous étions déjà digérés par l'absence d'espoir. Nus et impotents, s'agitant en tout sens, nous étions un affect gastrique de cette tornade de désenchantement. Je suis par mes écrits, par mon regard, le relais de ce monstre qui voit à travers mes yeux la lassitude et la projette dans mes jours en sa plus forte réalité. Savoir que l'on est de ceux à qui la reproduction de shémas mentaux, affectifs pèse depuis enfant porte l'effroi qu'il réclame. Ces gens là finissent mal. Il leur coûte tout particulièrement de retrouver un panel d'émotions endormies mais toujours prêtes à être réactivées puisque visitées autrefois. Ce soir le désespoir vorace ternit ma projection, le désir s'en retrouve par ailleurs altéré. J'ai prétendu autrefois que le bonheur était un état réactif à la dépression qui, dans le dépassement de ce dernier aboutit à une puissance de vivre exaltée. Je n'ai pas changé de point de vue. Simplement le bonheur exalté se paye au prix de la vue des abysses pour lesquelles j'éprouve tant d'aversion. Je n'ai aucun mal à avoir cette vision qui je crois, est le propre de l'homme - étant donné ma bipolarité que je me donne tant de mal à étouffer sous le coussin brodé de la retenue.

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La naissance de Vénus - Botticelli

III – La citation qui m'obcède.

« Tout savoir entraîne son revers d'ignorance » Mr. A.

Oui, mais voilà, de l'ignorance j'en ai foutu partout.
Il est facile de feindre d'avoir un sens critique, quand on se persuade que tout ce que l'ont sait n'est pas bancal. Quand on oublie qu'on ne voit que le dérisoire. C'est marrant, plus le temps passe, moins on a de choses à dire. C'est sûr, quand on fait un peu d'études, qu'on dégueule le savoir estudiantin par tous les trous on dit peut être moins de conneries. Du moins sur la juridiction, sur Kierkegaard ou Schumpeter. Aussi, on ne s'agite plus vainement dans tous les sens parce qu'on voit bien que c'est ridicule. On dit peut être plus trop de la merde, mais justement, le problème c'est qu'on ne finit par ne plus rien dire du tout. Parce qu'on ne sait plus parler. Les études abrutissent. Je le répète, parce que c'est vrai et on n'en parle pas.

Tout savoir entraîne son revers d'ignorance.

24.10.2009

Les forêts ombrophiles du savoir

To be free - Mike Oldfield

I - Ce soir la banalité dispute à l'attente ce que la flemme réclame.

L'oppression qui était mienne durant mes deux années de prepa engendrait une détresse, qui, sans perdre de son âpreté instaurait cet étrange climat où le temps suspendu baladait la connaissance dans l'harmonie. Aujourd'hui je suis libérée... aussi bien de l'exigeance du savoir que... de sa beauté.

a - Evanescente poésie

A ce qu'il parait c'est la sonate du quotidien, où l'infertilité dessine des paysages lointains d'émulation tellement inacessibles. Les vallées poétiques qui défilaient derrière la vitre du wagonet musical avaient perdu de leur saveur. Il fallait me rappeler de la fantaisie qu'appelait la joie.

b - N'en ont-ils pas marre à la fin de s'agiter ?

Le carreleur raille le travail de son précédesseur, mais lui quand il travaille mal est juste fatigué.
Le khâgneux raille la faculté qu'il ne connait pas.
Les gens bons en orthographe raillent les autres mais font d'énormes fautes de typographie.
L'informaticien trouve que tu entretiens mal ton pc et c'est grave.
Le cuisinier se permet de tout commenter comme s'il était l'incarnation du goût et du savoir faire.
Les ouvriers et employés raillent les grands théoriciens empotés au volant.
Les théoriciens raillent la simplicité d'esprit de la « base pyramidale de la société ».
Les scientifiques raillent les littéraires sensés vivre dans l'abstrait (mais personnellment je n'ai jamais croisé dans la rue un ax+b qui se promenait tranquillement).
Les littéraires fuient les maths alors que ça s'apprend.
La femme de ménage raille le manque d'ordre chez son employeur.
Son employeur raille les préocupations prosaïques de sa femme de ménage.

Que chacun se plaise à être superficiel et à dire autant de niaiseries qu'il lui plait, c'est bien naturel. Mais ne prenez donc pas au sérieux vos jugements, et surtout ne les défendez pas mordicus. Quand vous agissez ainsi, vous devenez un simple travailleur dont l'étiquette sociale est la personne. Si la profession est « l'épine dorsale de la vie » (Nietzsche), elle n'en est pas toute la substance. Ne devenez pas un boulanger quand vous pouvez être l'être de votre être à savoir un humain dans toute la complexité que cela réclame..

II - Ces paroles de chanson qui m'évoquent des choses fortes.

You find yourself alone, sometimes Without a home, no protection You don't know which way to go You're lost, no direction (then) Suddenly, out of the blue Some kind of magic comes to you You don't know how, you don't know why But someday, gonna take off, (and) fly (wish, make a wish) My wish would be... To be free To be wild And to be Just like a child And if I get lost I really don't mind Cos I'm me Doing just fine You're out in the cold, sometimes As far as you can see, misty And you want to run, into the sun The road is lost, sand shifty (then) Suddenly, out of the blue Some kind of magic pushes you through. Mike Oldfield (To be free)

I AM COMPLETE!
Fuuuck
YES YOU ARE FUCKED, SHIT OUT OF LUCK! NOW I'M COMPLETE AND MY COCK YOU WILL SUCK! Tenacious D (Beelzeboss)

scarlet crimson rosy red
I must be dead
or stoned out of my head
orange yellow tangerine
the acid queen
in a psychedelic scene
ochre chestnut chocolate brown
I'm upside down
on a cosmic eiderdown
[...]
ivory milky chalky white, the stars ignite, I vanish in the light - that burns so bright
run run the past is gone, it cannot be undone
run run the future is here, our fate is drawing near. Ayreon (Across the rainbow bridge)

III - Nostalgie de ce sentiment d'être perdue, de ne pas savoir où aller et de ne rien avoir à perdre...

C'est un peu un cranet de voyage du temps où je pensais. Aujourd'hui l'avitaminose d'érudition est devenue un scorbut littéraire, du coup, c'est les cadavres du placard qui perdent en esthétisme. Ce n'est pas très beau à voir. Mais parait-il que les cadavres du placard n'ont pas vocation à sortir de l'ombre. Ne croyez pas que je vive tout à fait rétrospectivement, je me rappelle avoir vu la poésie partout deux années durant, nourrie à la poésie et à la littérature française dont j'appréçiais l'extraordianire qualité. Aujourd'hui bien que je jubile des curiosités géographiques que j'apprend à l'Institut de Géographie, la poésie manque à ma vie. Celle que je voyais dans chaque étendue. J'ai tant aimé les paysages de Sanary sur Mer que j'en ai profité chaque minute, aujourd'hui le Sud ne me manque pas, je me nourris des richesses de la vie parisienne. La solitude me manque, mais dans quoi puisait-elle sa source déjà ?    

a - Joie

A se borner, de peur de mal faire, on en oublie la fantaisie folle des choses bien faites. Elle sont comme un ruban qui tente de colorier le ciel et y dessine quelqu'ephémères "arabesques folles". C'est un éclat de poésie. La vie, c'est la chanson Crises de Mike Oldfield. Un cheminement cérébral, d'abord tourmenté, qui s'émancipe à mesure que la vie nous heurte. Un regard fleuri et décomplexé, comme les petits pas d'une enfant. Petite fille je crapahutais le sentier de montagne, il menait au cimetière du village d'où je suis originaire, en Italie du Nord. Papa était mon premier professeur d'histoire. Et puis un jour il m'a dit qu'on avait à apprendre du plus bête d'entre nous. C'est une leçon de vie à la véracité déconcertante...

b - Déposséder l'agressivité de son être c'est la déplacer de soi vers le monde.

Je déploie ma force de vie en menant le combat de l'existence pour subsister. Le bonheur est là, dans la lutte pour la vie. C'est dans l'oppression, la difficulté, l'angoisse que nous nous réalisons. Notre puissance d'être humains s'exerce. Il faut admirer l'être équilibré qui ne manque de rien, qui sait bâtir son bonheur sans manquer de quoi que soit. Dans son confort, il s'introspecte et peu à loisir mesurer la profonde vacuité qu'il véhicule. En plus du vide impressionnant qui nous constitue tous, il peut aussi sonder son passé douloureux, et ses faiblesses. Il rumine, il over-think, il pense mal. Il est renvoyé à ses propres contradictions et ne peut prétendre à un peu d'intégrité intellectuelle, accusé qui plus est de ne savoir pas jouir du plaisir qui lui est accordé de jouir d'autant de confort, de facilité. De même, les gens gentils nous laissent nous confronter à nous même. Ils nous laissent nous dévorer et ne nous laissent pas le loisir de nous confronter à eux, à deviner leur êtres. Voilà pourquoi les filles aiment les connards. Voilà pourquoi on aime quelqu'un quand il nous quitte. Car l'amoureux transit qui acquiesce nos moindres affirmations nous laisse tout le loisir de souffrir dans le sondement du vertigineux vide spirituel nous constituant. En plus de nous aimer, et de n'opposer aucune résistance, il demande une attention et un regard attendri qui nous force à sur-jouer. A donner de nous quand nous souffrons. Il nous estime, alors que notre regard est rivé sur nous, ou sur un objet qui nous oppose une résistance salvatrice. Aimer la difficulté, c'est déposséder son être de cette dernière. Opèrer un déplacement de l'agressivité de soi vers le monde.

c - Le temps d'une pensée

 

« Pour mesurer le temps il n'y a que le mouvement ». S'il n'est pas directement observable, j'ai décidé que c'était une convention sociale. J'ai cru avoir été abusée pendant quinze ans, d'avoir pris pour solide une représentation arbitraire. Aujourd'hui je crois que le temps existe. Dans une optique scientifique, le temps est le mouvement, l'action des substances et des matières en interaction. Au regard des philosophies de la nécessité et des déterminismes, c'est une longue réaction chimique en cascade, interrompue depuis la nuit des temps. Alors où existe le temps ? Dans la représentation mentale des hommes. Nous avons besoin de temps. Aucun mot n'aide l'orpheline, les amoureux quittés, on peut juste leur donner du temps occupé, et parfois les faire sourire. Les sanglots ne sauraient être intarissables, la douleur se fait un écho qui faiblit. Tant pis pour l'idéal Romantique, la vie est bien plus belle. Le temps est une mise en adéquation de nos pensées et de notre ressenti, de notre passé avec les données nouvelles. Le temps, c'est un peu le regard anachronique de l'homme. L'inadéquation entre ses mots, sa capacité de penser et l'extrême complexité de son environnement. On a besoin de temps. Le temps c'est du retard.

d - De l'épique à la mafia, et tous les hoquets de l'humanité

L'émerveillement, et puis, ne plus souffler mot. Entendre dans le garage ta copine vomir et s'étrangler d'une sainte pudeur. Elle a un hoquet avorté qui s'estompe dans sa respiration haletante. Deux doigts au fond de la gorge. Un homme s'effondre dans la poussière, l'entrepôt désaffecté est un lieu de recueil où les résurgences de bonne volonté édifient le temple du mal être. Jonchant tous ces alcooliques et dépravés, tu allumes ta clope avec mépris. Dehors, le soleil totalitaire éclaire tout sans partage. La chaleur étouffante pèse de tout son poids. Tes yeux descendent le long du vieux muret. Là, par terre. Il y a quelque chose d'une laideur abominable, les corps vrais étalés comme vivants, et un peu de sang qui coagule sur les cailloux blancs. D'avoir voulu défier les déterminismes ennuyeux de la ville de Palermo, ils ravivent la douleur d'un crime qui se répète toujours dans la même horreur, d'une constante banalité.

e - Brève de khâgne

Vous avez cinq heures.
Monsieur P. dépose les sujets sur les premières tables, les élèves les distribuent de rangées en rangées.
Voici l'intitulé.
A propos de Nedjma Naget Khadda écrit ceci :
"se taire ou dire l'indicible" : telle est l'exigence qui taraude Rachid ; tel est le souci de l'auteur qui, dans l'apprêt du dicible, cherche à faire émerger l'indicible des coins les plus reculés du silence. Aussi la surabondance métaphorique, le goût irrésistible du jeu de mots, le dédain pour les constructions rigoureuses qui spécifient son écriture et fondent sa réputation d'illisibilité, sont-ils autant de moyens pour accoucher le social de ce qu'il porte mystérieusement en gésine. Ce faisant, la pensée même de l'auteur s'affûte en s'exerçant à percer les secrets de l'Histoire"
Votre propre lecture du roman vous conduit-elle à souscrire à cette analyse ?

...
Une parfaite compréhension des exigences. Oui, les éléments de réponse, je les avais. Je n'ai pu pendant cinq heures que me confronter à l'atroce superficialité de mon propos et à la lourdeur de mon expression écrite... Laissons-moi la volonté de faire une métaphore filée de l'accouchement de la marâtre France, mettant exergue la naissance de l'identité Algérienne par la prise de parole de Kateb Yacine, elle même permise par son propos saturé et très littéraire. Le reste était d'un lyrisme vomitif. Échec de la parole performative.