04.05.2011

J'ai bonne mémoire même du moins bon.

Là, je devrais dormir ou bien écrire pour mon mémoire. Mon mémoire qui traite de la mémoire. Un comble pour celle qui  se plaisait à balader la sémantique pour la mettre au profit de mes petites pensées éparses. Ce sera ce soir une petite prose qui ne préfigure pas le poétique. L’analepse qui sonne comme un aveu, et qui susurre une honte avortée : « j’allais pas bien ». Il fallait que je me porte mieux, pour que je m’autorise cette pensée.  J’ai passé les jours tête baissée à attendre le printemps.

Le printemps est venu, ponctuel, sur ma montre à gousset cassée qui boude le temps qui passe. Il est venu, et il est dehors. Il niche nonchalant et chasse nos flegmatiques désespoirs.

 

Écrire c’est important, pour ne pas se perdre, et poser ses affects comme je rédige des bilans et communiqués de presse ailleurs. C’est un peu le décret officiel de ma raison pour mon âme, si j’accepte ces fractionnements baroques.

Je m’avoue avoir été triste, d’avoir eu comme pairs des étudiants solitaires, anxieux et sans grand point commun avec moi. D’avoir senti une pointe de jalousie laide dans mes succès et une pointe de satisfaction dans mes échecs. D’avoir eu à ma décharge, essayé beaucoup de nouvelles entreprises qui semblaient ne jamais aboutir. J’ai travaillé à obtenir un emploi que je voulais de tout cœur, et alors que mon embauche était envisagée, mes horaires ne correspondaient pas. D’avoir eu à subir le décès de mon grand-père, d’avoir eu à lire un hommage à l’Église effrayée à l’idée de fondre en larmes. D’avoir subi un piratage de références bancaires, subi un emploi de baby-sitter que je détestais avec un enfant vorace d’énergie à faire des activités abrutissantes. Parfois dix  heures la même journée, pour une famille qui me domestiquait. D’avoir eu des cours parfois trop rapides pour mon esprit embrouillé. De mauvais outils pour travailler qui m’ont pénalisée. Une lacune de projet professionnel, ou plus concrètement de sujet de mémoire handicapante et pesante.

Une solitude, un quotidien compliqué, un désamour pour ce que je faisais… Tout cela arrivant à point après une période d’euphorie, où les défis étaient relevés, tous les bilans positifs, et après l’innamoramento. Puis la dysphorie. 

Ma vie a changé petit à petit, sans que je ne lève les yeux pour dresser de bilan. Puis, il y a quelques semaines, je me suis demandée « mais pourquoi le premier semestre est un si mauvais souvenir pour toi ? » et ce soir, j’ai pris le temps de regarder derrière. Et je me trouve courageuse, même si je ne sens pas pleinement de satisfaction, et qu’une petite voix me murmure que j’aurais pu faire mieux.

Finalement, j’ai validé mon premier semestre. Je suis dans les temps pour mon mémoire, et mon sujet me passionne. J’ai été prise dans mon emploi rêvé, en rapport avec mon domaine d’étude. Il me permet d’afficher une expérience professionnelle en rapport avec mon master de six mois dans mon parcours. Il me laisse le temps de travailler mon mémoire et de respecter mon engagement associatif très lourd. J’ai arrêté le baby-sitting. J’adore mon petit appartement et je me sens beaucoup plus entourée. Mes copines dorment souvent chez moi, ou alors elles viennent manger chez moi. J’ai trouvé un master correspondant beaucoup plus à mes aspirations. 

Cette année je me serai professionnalisée, j’aurai mûri, trouvé quoi faire de ma vie, gagné des sous, prolongé ma-vie-étudiante-sans-faute d’un an, sans perdre une année, et afficher une double compétence recherchée. Salué des ministres, administré des grandes instances, travaillé pour le MESR… J’aurai aussi fait un mémoire de recherche rendant hommage à mon histoire familiale, un sujet innovant et passionnant. Fait l‘expérience de cette recherche avec gourmandise et beaucoup de sérieux. Et aménagé mon petit cocon en plein cœur du quartier latin…

Voilà, je me sens libre, maintenant, continuons à aller de l’avant.

07.12.2010

L'essentiel, c'est une carte du monde émotionnelle.

 

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Plus le temps passe moins je vis la rupture. Il n’y a plus de week-end, d’amours idéalisées, de mondes qui ne se rejoignent. La rupture, c’était mon enfance. J’ai grandi au beau milieu d’un antagonisme culturel, entre deux pays, entre deux parents, entre deux amours. J’ai vécu partout. J’ai erré entre les discours, entre les mœurs.


Aujourd’hui, je n’ai plus même peur qu’on me quitte. Comme si ce qui a été vécu ne disparaissait jamais. Comme si le passé n’était plus une résurgence, mais un étant.


Comme si l’essentiel était puéril et infantile, dans les bras de ma mère, dans la voix de ma sœur.


Comme si l’essentiel était ce que j’ai appris, une polyvalence, des compétences et mon amour pour l’analyse de l’espace et la communication.


Si vivre c’est s’adapter, j’ai appris à vivre.

22.07.2010

ESTATE 2010

 

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